Récits du Demi-Loup, tome 3 : Mers brumeuses

Titre : Mers brumeuses
Cycle : Récits du Demi-Loup, tome 3
Auteur : Chloé Chevalier
Éditeur : Les Moutons Électriques
Date de publication : 2017 (mai)

Synopsis : Pour Cathelle et Aldemor, l’heure n’est plus aux regrets. Rien n’arrêtera ce qu’ils ont déclenché. Véridienne et les Éponas, pour la première fois, lèvent les armes l’un contre l’autre. Sur les rivages des Mers Brumeuses, les Chats de Calvina et les guerrières de Malvane se jaugent, et les deux Suivantes, résignées et amères, se préparent à devoir verser le sang de leurs camarades d’enfance. Alors que leurs reines, à tort ou à raison, leur retirent peu à peu toute confiance et que leurs terres se transforment en cimetières, plus rien ne semble pouvoir empêcher les désastres à venir. Les rêves se fanent, les espoirs se muent en vaines illusions, amitiés et amours se délitent, tandis que le Demi-Loup, les yeux bandés, danse au bord du gouffre.

Trinquons aux reines du Demi-Loup et à leurs Suivantes, qui ignorent qu’aux yeux de la moitié du monde, elles et leurs royaumes n’existent déjà plus !

 

Quant bien même les deux précédents romans de Chloé Chevalier s’étaient révélés excellents, une série court forcément à un moment ou un autre le risque de s’enliser, ou du moins de souffrir de ponctuelles petites baisses de régime. Rien de tout cela avec « Mers brumeuses », troisième opus des « Récits du Demi-Loup » qui vient confirmer l’intérêt du cycle et le talent de son auteur. Une fois encore ce sont les relations politiques de plus en plus tendues entre Véridienne et les Eponas qui occupent le cœur du roman. A ces tensions s’ajoute la montée d’une grogne populaire causée par la famine et la Preste Mort, qui continue de sévir dans certains territoires, mais aussi et surtout par les décisions irréfléchies prises par l’une ou l’autre des deux reines. Pendant qu’Aldémor et Cathelle poursuivent en secret leur travail de sape visant à miner les fondations du royaume, les Suivantes de Malvane et Calvina font de leur côté tout ce qu’elles peuvent pour maintenir la fragile paix régnant entre les deux territoires. Les petits complots mesquins fomentées afin de titiller ou désavantager l’adversaire leur font cependant trop vite oublier qu’une éventuelle guerre civile n’est pas la seule menace planant sur le royaume qui reste vulnérable aussi bien à une attaque de l’empire de l’Est qu’à une révolte des comtes de Véridienne et des Eponas. La construction de l’intrigue est irréprochable : la situation dépeinte est cohérente et ses complexités explicitées avec soin ce qui permet au lecteur de cerner rapidement les enjeux et de se sentir impliqué dans le récit. L’auteur garde de nombreux atouts dans sa manche et parvient à plusieurs reprises à nous surprendre, soit en faisant prendre à son intrigue un tournant que l’on imaginait pas, soit en rajoutant un élément perturbateur inattendu qui vient bouleverser l’équilibre des forces en présence.

Le mode de narration est le même que dans les précédents volumes, l’auteur alternant entre chapitres à la première personne centrés sur différents protagonistes et extraits de correspondances entretenues entre tel ou tel personnage. On retrouve en tant que narratrice les trois Suivantes de Véridienne et des Eponas, Nersès, Lufthilde et Cathelle, qui ont toutes empruntées des voies bien différentes. Si la dernière à de toute évidence définitivement tournée le dos à ses anciennes camarades d’enfance pour se concentrer sur sa vengeance, les deux autres gardent encore l’espoir de parvenir à rabibocher les souveraines entre lesquelles le fossé ne fait que se creuser. Malvane poursuit ainsi ses réformes controversées sans chercher à obtenir le consentement de quiconque, faisant preuve de plus en plus d’arrogance, tandis que Calvina se perd dans les frivolités, organisant bal sur bal alors que la situation de son peuple est des plus critique. Et la situation est loin de s’arranger puisque, à force de vouloir compenser les travers de leurs reines, voilà que les Suivantes se mettent elles aussi à tomber dans l’extrême. Nersès peine par exemple à trouver les arguments pour s’opposer à sa souveraine, préférant lui obéir sans chercher à tempérer ses décisions. Lufthlide, en revanche, gouverne désormais franchement à la place de sa reine, ne sollicitant guère son avis et la traitant même avec un mépris à peine dissimulé lorsque celle-ci s’essaye à quelques initiatives. L’affection du lecteur se portera en fonction de son tempérament plus spontanément sur l’une ou l’autre des jeunes femmes : pour ma part, j’ai été davantage touchée par la solitude de Calvina et la gentillesse de Nersès que par l’arrogance et l’assurance de Malvane et surtout de Lufthilde dont le comportement devient de plus en plus difficile. On éprouve en revanche toujours autant d’empathie pour Cathelle et Aldemor dont on comprend la douleur et dont on en vient même à souhaiter la réussite, quant bien même elle se révélerait dramatique pour les autres protagonistes.

Ce troisième tome marque aussi l’introduction d’un nouveau narrateur plutôt inattendu : Crassu, le fils adoptif de Nersès travaillant aux cuisines de Véridienne et souffrant de surdité. La similitude entre certains aspects de l’univers de Chloé Chevalier et la série « L’Assassin royal » m’avait déjà frappé dans le premier tome, mais avec l’arrivée ce nouveau personnage elle devient vraiment évidente tant, à bien des égards, le jeune Crassu rappelle le Fitz Chevalerie de Robin Hobb (tous deux sont marginalisés, dotés du même sens de l’observation, et surtout impliqués malgré eux dans des luttes de pouvoir). On s’attache vite à ce jeune garçon qui permet d’apporter une vision quelque peu différente de la cour de Véridienne et de celle des Eponas et ainsi de nuancer le point de vue forcément subjectifs des Suivantes. Vous l’aurez compris, le plus gros point fort de la série reste ses personnages que l’on voit véritablement évoluer au fil des tomes. Quant bien même on désapprouverait le comportement de certains, on ne peut s’empêcher de s’y attacher et donc d’être profondément touché lorsque l’un ou l’une d’entre eux se retrouvent confrontés à la perte d’un être cher ou à la menace de voir tout ce qu’ils ont construit s’écrouler. L’auteur accorde également un soin tout particulier aux personnages secondaires qui suscitent beaucoup d’émotion chez le lecteur, qu’il s’agisse de l’ancien compagnon d’infortune d’Aldémor à la cour de l’empereur, de la suivante-espionne Banadine ou encore du comte Vigtan. Du côté de l’univers, on revient surtout à des endroits que l’on connaît déjà (les Eponas, le château de Véridienne, les Terres de l’Est…) même si de nouveaux lieux déjà évoqués mais jamais visités font leur apparition. C’est le cas notamment de la forteresse de Nül-Noch, avec ses ménestrels, ses coutumes et ses jeux si particuliers, ou encore du Cap Kélé.

 

Chloé Chevalier signe avec « Mers brumeuses » un troisième tome remarquable dans lequel on assiste à la montée des tensions dans le royaume du Demi-Loup que l’on devine sur le point d’éclater. Une intrigue habilement construite, un univers cohérent et qui se complexifie au fil des tomes, des personnages attachants et convaincants… : tous les ingrédients sont réunis pour faire passer un excellent moment au lecteur. Outre la qualité du fond, on peut également mentionner celui de la forme avec une nouvelle très belle couverture signée Melchior Ascaride et surtout une carte du Demi-Loup en couleur. Inutile de vous dire que j’attends la suite avec impatience.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques : Allison (Allis’Online) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Dup (Book en Stock)

Critique réalisée dans le cadre du Challenge Summer Short Stories of SFFF

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Publié le 29 juin 2017, dans Fantasy, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 11 Commentaires.

  1. Si je ne l’avais pas déjà dévoré et chroniqué, je n’aurais pas pu résister après une si belle chronique ! 🙂 Nous sommes bien d’accord, cette saga est excellente.

    (J’ai vu une petite erreur : « faisant prendre à son intrigue à tournant »)

  2. Je suis d’accord avec toi, cette série est excellente. Par contre, j’aime bien Lufthilde, même si elle va un peu loin mais elle porte beaucoup sur ses épaules. De toute façon et c’est ce qui est admirable, rien n’est noir ou blanc et les personnages sont profondément humains. J’aime beaucoup Crassu par contre 🙂

    • Tout à fait. Moi j’avoue que je l’ai trouvé un peu trop cruelle vis à vis de Calvina (dont je n’étais pourtant pas une grande fan^^). Mais elle ne m’est pas antipathique, loin de là. Et je te rejoins à propos de Crassu 🙂

  3. Oh, de mieux en mieux, je suis convaincue!
    J’ai le tome 1 et je vois que cela peut faire partie du challenge de Xapur, alors c’est tip top. Je vais tenter de le lire cet été!
    Merci pour cette belle critique.

  4. Hâte de l’attaquer ce tome 3 !

  5. Ravie de savoir que c’est toujours aussi bon, j’ai hâte de le lire du coup !

  1. Pingback: Challenge S4F3s3 : premier bilan | Les Lectures de Xapur

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