Pays rouge

Titre : Pays rouge
Auteur : Joe Abercrombie
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2014

Synopsis : Farouche Sud aurait aimé enterrer son passé sanglant une fois pour toutes. Mais lorsque son frère et sa soeur sont kidnappés et sa maison brûlée par une bande de hors-la loi barbares, il est temps de renouer avec la vengeance. En compagnie du vieux Nordique qui l’a adoptée, Farouche entame un périlleux voyage dans les plaines désertiques jusqu’à un village frappé par la ruée vers l’or, enchaînant duels et massacres ; puis dans les montagnes inexplorées, hantées par les étranges Fantômes…

Le visage de l’héroïsme qu’était venu voir Brisépée s’était révélé démoniaque. Il l’avait vu, lui avait parlé, s’était pressé contre lui. Le mal n’avait rien de grandiose. Aucun empereur sournois désirant conquérir le monde. Aucun diable élaborant des stratagèmes maléfiques dans l’obscurité de l’au-delà. C’étaient de petits hommes avec leurs petits actes et leurs petites raisons. C’étaient l’égoïsme, la négligence et le gaspillage. C’étaient la malchance, l’incompétence et la stupidité. La violence dénuée de conscience et aveugle aux conséquences. C’étaient les grands idéaux servis par de basses méthodes.

 

Après une sordide histoire d’intrigues de cours qui tourne mal en Styrie (« Servir froid ») et une grande bataille opposant les soldats de l’Union aux guerriers du nord (« Les héros »), Joe Abercrombie continue d’étendre les frontières de l’univers de sa trilogie « La Première loi ». Et pour son troisième one-shot, l’auteur nous entraîne du côté du Pays Lointain, vaste territoire en pleine expansion peuplé de tribus sauvages et de colons attirés par l’appât du gain et/ou la perspective d’un nouveau départ. Vous l’aurez compris, l’auteur opte cette fois pour une ambiance western et se réapproprie brillamment tous les codes du genre… pour les adapter à la fantasy. L’intrigue, d’abord, n’a rien à envier aux meilleurs western spaghetti et nous emmène sur les traces de Farouche Sud, jeune femme au passé nébuleux mais qu’on devine peu reluisant, et de son père adoptif, Placide (qui, au premier abord, porte plutôt bien son nom). Lancé à la poursuite des responsables de la destruction de leur ferme et de l’enlèvement des frères et sœurs de Farouche, le duo entame un voyage périlleux qui les conduira dans des territoires de plus en plus reculés… et de plus en plus mal famés. Une vengeance, des règlements de compte, des duels, des attaques de diligence… : Joe Abercrombie ne fait pas les choses à moitié ! Même chose du côté du décor où l’on retrouve tout ce qui fait le charme du Far-west : des paysages variés allant des montagnes arides aux vastes plaines désertiques, des Indiens défendant leur territoire, des colons se déplaçant en convoi avec des projets d’avenir plein à la tête, sans oublier la traditionnelle « ville en devenir » dans laquelle règne un joyeux bordel certes bon pour les affaires mais qui n’est pas forcément au goût des nouveaux arrivants (Fronce m’a à ce titre beaucoup fait pensé à Deadwood et à la série télévisée éponyme).

Pour ce qui est de l’immersion, le lecteur est donc plutôt garni, d’autant que le soin apporté à l’ambiance et au décor est loin d’être le seul atout du roman. Le récit connaît certes des hauts et des bas (avec des passages un peu longuets par moment, surtout à la fin), mais ne souffre dans l’ensemble que de très peu de problèmes de rythme. La plume de l’auteur y est pour beaucoup, Abercrombie optant pour une écriture presque cinématographique, notamment lors des combats qui se révèlent particulièrement visuels (on pense alors à David Gemmell, et ce n’est d’ailleurs pas le seul moment). En dépit de l’aversion de l’auteur (et des personnages !) pour toute forme d’héroïsme guerrier, quelques scènes se révèlent même franchement épiques et ne manqueront pas de faire courir d’agréables frissons sur l’échine du lecteur amateur de ce genre de spectacle. Mais rassurez-vous, dans l’ensemble ça reste sanglant, cruel, crade et surtout sombre (quoi que, un peu moins que dans les précédents romans…). La patte « Abercrombie », c’est aussi des dialogues percutants, avec des personnages dotés d’un sacré sens de la réparti et qui se révèlent même philosophes à leurs heures perdues. Il faut dire qu’en terme de personnages, justement, l’auteur met en scène de sacrées figures ! Ni totalement bons, ni totalement mauvais, tous partagent la même volonté d’assurer leur propre survie, et tant pis si cela doit parfois se faire au dépend de celle des autres. Des humains, quoi, avec tout ce que cela comprend comme surprises, bonnes ou mauvaises. Certains personnages sont évidemment plus mémorables que d’autres, et c’est avec un grand plaisir que l’on retrouve d’ailleurs quelques unes des figures emblématiques des précédents tomes telles que Caul Shivers, Glama Doré ou encore Nicomo Cosca.

 

Changement d’ambiance pour Abercrombie qui signe avec « Pays rouge » un roman de western/fantasy très réussi dans lequel on retrouve tout ce qui faisait le charme des précédents tomes, que ce soit en terme de narration, de construction des personnages ou d’atmosphère. Si je garde pour ma part une petite préférence pour « Les Héros », les trois one-shot situés dans l’univers de « La première loi » valent en tout cas tous le détour et disposent à mon sens de suffisamment d’atouts pour satisfaire aussi bien les connaisseurs que les néophytes en matière de fantasy.

Voir aussi : Blackwolf (Blog-O-livre) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte)

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Publié le 16 mars 2017, dans Fantasy, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Bonne nouvelle pour moi. Il fait partie des romans que j’ai acheté ors de l’ops Bragelonne. Très contente de ta critique qui me donne envie de m’immerger dans cette ambiance un peu western.

  2. Il ne me reste plus que celui-ci à lire ,j’ai hâte du coup 🙂

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