La vierge et la putain [Coffret]

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Titre : La vierge et la putain
Scénariste et dessinateur : Nicolas Juncker
Éditeur : Glénat (collection Treize étrange)
Date de publication : 2015

Synopsis : Deux destins de femmes qui se répondent, comme à travers un miroir… Elles sont cousines. Elles sont reines. Élisabeth Tudor est reine d’Angleterre. Marie Stuart, reine de France et d’Écosse. Elles prétendent toutes les deux au trône d’Angleterre. Élisabeth la frigide, l’éternelle vierge, fille illégitime et reniée par le Pape, peut compter sur son nom. Marie Stuart la sublime, la brillante, sur son charme et le soutien des catholiques. Mais deux reines pour une seule île, cela fait beaucoup…

Note 4.0

Comme le fit remarquer je ne sais plus quel abruti : Deux reines pour une seule île, ça faisait beaucoup

 

Le titre du diptyque de Nicolas Juncker a de quoi interpeller : qui sont ces femmes qu’on affuble de surnoms insultants revoyant à leur sexualité ? La vierge, c’est Élizabeth Tudor, fille illégitime (pour les catholiques) d’Henri VIII et qui régnera pendant plus de quarante ans sur l’Angleterre sans avoir jamais voulu partager sa couronne avec un homme. La putain, c’est Marie Stuart, épouse du roi de France et reine légitime du royaume d’Angleterre (pour les catholiques) qu’elle tentera par tous les moyens de reprendre à sa cousine depuis son bastion écossais. Deux souveraines que tout oppose, ici réunies dans un même coffret composé de deux albums construits en miroir. Il faut dire que leurs destins sont étroitement mêlés, l’ascension de l’une ne dépendant que de la chute de l’autre. Déjà bien différentes au niveau du caractère, les deux femmes vont ainsi évoluer de manière totalement contraire l’une par rapport à l’autre. Élisabeth, par exemple, commence bien mal : condamnée par sa sœur et reine (Marie Tudor) à la prison à vie, elle se retrouve finalement à la tête d’un royaume qui atteindra son apogée sous son règne qui sera long et prospère. Marie, elle, commence au contraire plutôt bien puisqu’elle accède à la couronne de France suite à la mort prématurée d’Henri II moins d’un an après son mariage avec François II. Et puis tout s’enchaîne mal : son mari meurt après seulement un an de règne, son autorité sur l’Écosse peine à s’affirmer et ses tentatives de s’emparer de la couronne d’Angleterre finiront par la mener prématurément à l’échafaud.

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En dépit de leurs indiscutables différences en terme de parcours, de personnalité ou encore de stratégie, Marie et Elizabeth possèdent pourtant un point commun sur lequel Nicolas Juncker insiste dans chacun des deux albums : leur capacité à imposer leur autorité dans un monde dominé par les hommes. Ce sont d’ailleurs eux, et exclusivement eux, qui ont ici la parole. Ronsard, James Stuart, Édouard VI, John Knox, William Cecil : tous les hommes ayant gravité autour de l’une ou l’autre des reines sont tour à tour invités à s’exprimer « face caméra », à la manière d’une véritable interview. Si les propos sont rarement flatteurs, ils nous permettent malgré tout d’avoir un aperçu des moments clés de leur règne respectif, qu’ils soient d’ordre politique (révoltes fomentées ou réprimées, décisions lourdes de conséquences, trahisons…) ou personnel (histoires d’amours, caractère, favoris…). Les dessins sont pour leur part assez simples et peuvent même paraître au premier abord légèrement disgracieux, mais le style de l’artiste convient parfaitement au ton du récit. Les jeux de couleurs et de lumière sont également intéressants, l’ouvrage baignant tour à tour dans une ambiance faite de couleurs chaudes puis froides et inversement. Le parallèle entre les deux volumes constitue cela dit le principal point fort de ce diptyque. La double pagination proposée par l’auteur (l’une classique, l’autre renvoyant au second album du coffret) permet notamment de se rendre compte de l’ingénieuse manière dont les deux ouvrages ont été construits, la vie de l’une évoluant à l’inverse de celle de l’autre.

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Nicolas Juncker signe avec « La vierge et la putain » un diptyque dont on ne peut que saluer l’audacieuse construction qui permet de rendre compte de l’étroitesse des liens unissant Marie Stuart et Elizabeth Tudor, ici racontées par leur entourage masculin. Une belle découverte que je recommande chaleureusement.

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Publié le 29 janvier 2017, dans Histoire, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Paraît que c’est ce que veulent les hommes de nous : « une épouse aussi vertueuse que leur mère qui devient une une putain au lit » 😆 La dualité réunie en nous. Dionysos et Chouchou, au rapport, bougres de petits cochons !

    Je note parce que j’aime en apprendre plus sur les combats d’arrière-cour dans les monarchie.

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