PariZ

pariz

Titre : PariZ
Auteur : Rodolphe Casso
Éditeur : Critic (Hors Collection) [fiche officielle]
Date de publication : octobre 2016

Synopsis : Dans un Paris ravagé par l’apocalypse zombie, trois clochards tentent de survivre, tapis dans les souterrains d’une station de métro. La Goutte, vieillard alcoolique au dernier degré, a déjà un pied dans la tombe. La Gâchette, originaire du Mozambique, est un ex-enfant soldat. Quant à La Gobe, jeune teufeur frappé de débilité, il ne doit son salut qu’à Goa, son chien d’attaque et cerveau auxiliaire.
Dans les entrailles de la cité, ils rencontreront deux membres de la Restauration Française, en mission suicide pour un colonel putschiste qui a fait main basse sur l’Assemblée nationale. Si cette paire de nazillons s’imagine pouvoir sauver la Ville Lumière, les vagabonds poursuivent un objectif plus modeste : renflouer leur stock d’alcool.

Note 4.0

— Tu touches pas au Ricard. Toi, t’en as pas besoin. T’as déjà la colle.
— Et pourquoi t’en aurais plus besoin que moi, hein ?
La Gâchette aspira bruyamment une lampée de café avant de répondre :
— Parce que nous, on est alcoolos.

Ah tiens, encore un roman post-apo sur la fin du monde causée par des zombies… me direz-vous d’entrée. Oui, PariZ est un roman post-apo sur la fin du monde causée par des zombies, mais ce premier roman de Rodolphe Casso paru chez les éditions Critic propose une aventure bien plus enthousiasmante que ce simple pitch, d’autant que la couverture signée Aurélien Police donne bien envie !

La Gâchette, La Goutte, La Gobe avec son chien Goa, voilà les personnages principaux que nous suivons dans PariZ ! L’auteur nous les présente au départ avec des chapitres dédiés à chacun d’eux qui sont des tableaux à tomber (littéralement), chacun ayant sa petite expérience le rendant particulier : La Gâchette est un enfant-soldat hanté par ses tueries passées ; La Goutte est un vieillard impotent hanté par ses cuites passées, présentes et futures ; La Gobe est un jeune teuffeur hanté par la musique techno et électro qui semble l’avoir rendu fou et seul son chien Goa le maintient en vie ; tous trois sont des clochards vivant dans le métro parisien. En plus de l’aventure de ce trio, nous suivons également les mésaventures de La Goule, mort-vivant anonyme errant dans Paris. Autant le dire tout net, le casting de départ envoie sacrément de la gnôle et ce n’est pas leur rencontre avec un duo de militaires fascisants qui va les arranger !

Comme dans tout roman qui tourne autour d’une histoire de zombies, il est tentant de ne faire que chercher les originalités. Ici, rien que le fait de suivre des héros en marge de la société est intéressant : à l’image des vieillards de L’Évangile Cannibale (Fabien Clavel, ActuSF, 2014), les clochards de PariZ sont autant en mauvais état que les morts-vivants qu’ils se doivent d’affronter. Outre cela, la gestion de ces zombies reste classique (bruit qui les attire, odeur qui immunise, tête à faire sauter pour arrêter toute fonction motrice, etc.). Toutefois, nous sommes quand même en plein Paris, alors quitte à être là, autant se servir du paysage et c’est là le gros point fort de Rodolphe Casso : il aime cette ville. Des citations personnalisées à chaque début de chapitre, des références dans tous les coins et un itinéraire qu’on pourrait suivre sur un plan du métro : Paris déborde de toutes les pages, on ne peut pas reprocher un manque de repères accordés au lecteur ! À cela, l’auteur convoque l’une des caractéristiques politiques des Français : la tentation fasciste, au sens de la tentation de l’homme providentiel… En effet, la principale péripétie de notre trio de clochards est leur rencontre avec deux militaires partis en commando pour une mission-suicide, envoyés par un colonel qui a pris d’assaut l’Assemblée nationale !

Rodolphe Casso a bien travaillé son style dans PariZ. Outre ces premiers chapitres particulièrement marquants, il se permet d’être extrêmement détaillé dans chaque action menée par les protagonistes sans pour autant que la lecture n’en soit gênée. La beauté du style s’essouffle peut-être légèrement une fois que l’action se lance, mais d’une manière générale, c’est surtout qu’une fois que sont propulsés l’élan d’espoir des héros et l’élan de connerie de leurs différentes rencontres, l’enjeu est suffisamment posé pour vraiment pouvoir surprendre davantage le lecteur dans la deuxième moitié du livre. L’accumulation de références musicales plus ou moins appréciées pourrait agacer certains lecteurs, mais cela relève plutôt de la partie « fun et aventure » de PariZ.

PariZ reste donc comme un bon souvenir de lecture, et certains passages seront à relire pour en apprécier tout le vocabulaire. L’univers est certes restreint et la fin particulièrement énigmatique, ce long roman vaut le coup.

Autres critiques : Darren Bryte (Le Littéraire)

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À propos de Dionysos

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, littérature de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine (@DenisPiel). Membre fondateur du Bibliocosme.

Publié le 20 janvier 2017, dans Horreur, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Je me demandais bien ce que le roman valait. Les zombies finissent pas lasser et être original est sans doute bien difficile. Je suis assez agacée par l’éternel cliché du militaire fascisant. Mais mis à part ce détail ta critique m’a convaincue.

    Merci!

    • En effet, après ce PariZ et L’Evangile cannibale, et sachant que Boudicca a critiqué aussi celui de Karim Berrouka, je ne vais peut-être pas attaqué de romans de zombies avant un petit moment, car j’ai peur qu’il n’y a pas de nouveauté en la matière avant un petit moment. En même temps, ce n’est pas simple de faire du neuf avec cette créature. J’ai entendu parler de certains projets plus ou moins avancés sur du post-apo médiéval, avec ou sans zombies, à voir car ça, cela me motiverait à nouveau. 🙂

  2. Je suis en train de le lire. C’est bien les références. Mais as-tu noté les nombreuses coquilles qui émaillent ce texte ?

    • Oui, c’est vrai. Et étonnamment, elles n’apparaissent pas de façon homogène. Pendant un moment il n’y a aucune, et paf ! sur deux-trois chapitres d’affilée on va en avoir une quantité, c’est étrange.: 😦

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