Ariosto Furioso

Ariosto furioso

Titre : Ariosto Furioso
Auteur : Chelsea Quinn Yarbro
Éditeur : Denoël (Présence du Futur) / Folio SF
Date de publication : 1981 / 2003 (1980 en VO)

Synopsis : 1533. L’Italia Federata a conquis le Nouveau Monde. A Firenze, Lodovico Ariosto, poète et conseiller de Damiano de Medici, est pris en étau entre les factions rivales qui se disputent le pouvoir. Telle est la realtà. Le poète s’évade en écrivant une suite à son Orlando Furioso. Et dans cette Amérique de rêve, il devient Ariosto le héros qui, monté sur son hippogriffe fabuleux, va défendre les Cérocchi contre les sorts et les sorciers. Telle est la fantasia. Jusqu’au jour, tragique, où rêve et réalité se rejoignent..Ce chef-d’œuvre de maestria évoque, par sa construction en abîme d’une réalité subtilement pervertie, Le Maître du Haut-Château de Philip K. Dick

Note 4.0

Fou ? Si c’est folie qu’aimer l’honneur plus que la vie, alors très certainement, je suis fou.

Paru en 1980, Ariosto Furioso est un roman ambitieux de Chelsea Quinn Yarbro, car il lorgne sur différentes genres et sous-genres pour remodeler la Renaissance italienne telle qu’elle aurait pu être.

Ariosto Furioso est avant tout un très bon roman historique. Chelsea Quinn Yarbro utilise des connaissances certaines, extrêmement solides, sur la Renaissance italienne du XVIe siècle jusque dans les moindres détails parfois jusqu’à l’érudition comme dans sa connaissance du personnage de Ludovic l’Arioste, le poète Lodovico Ariosto. Celui-ci est un artiste du nord de l’Italie moderne, mort en 1533 à Ferrare, surtout connu pour un vaste poème épique, Orlando Furioso (Roland furieux) publié en 1516. À l’aide d’une quantité folle de détails, Chealsea Quinn Yarbro nous embarque gaiement dans les affres politique de l’Italie renaissante, notamment autour de Florence et de sa cour. Ce constat se repère d’autant mieux dans l’usage au sein du texte des mots latins et italiens nécessaires à la transcription exacte de la réalité voulue. Pas d’inquiétude pour autant, ce n’est pas gênant à la lecture et si vraiment ça l’est pour vous, il y a un glossaire complet en fin d’ouvrage.

Toutefois, dans le détail des événements, un certain nombre de points, d’éléments proprement historiques diffèrent de notre réalité, ce qui fait clairement de ce roman un ouvrage uchronique. En effet, ce qui est défini comme « la realta » ne correspond pas à l’Histoire que nous connaissons. Le héros, Lodovico, n’est pas resté au service de la dynastie d’Este, mais est passé dans l’entourage très proche de Damiano de’ Medici, petit-fils de Lorenzo il Magnifico. Puisque nous sommes, au moment de l’intrigue, en 1533, Lodovico n’est donc pas du tout mis à l’écart, mais est au contraire au plus proche du pouvoir, à Florence. Ce pouvoir florentin est quasiment la capitale d’une « Italia federata » qui a unifié les différents podestats, républiques et petites principautés d’Italie, même le Vatican ! Devant la précision de cette uchronie, je dis cependant non à la mention de Philip K. Dick pour son Maître du Haut Château sur la quatrième de couverture, car ce n’est pas le même principe utilisé ici : tout roman uchronique n’est pas à rattacher automatiquement à ce classique, aussi bon soit-il, il faut quand même que l’uchronie contienne une œuvre qui transcrit l’Histoire que nous connaissons (ici la mise en abîme se fait avec une œuvre de fantasy). Ici, l’uchronie est d’ores et déjà passionnante ainsi, en suivant ce rêve fou : comment se serait débrouillée une Italie fédérée au cours du XVIe siècle face à des mastodontes comme le royaume nouvellement anglican, le Royaume de France qui lorgne sur les territoires italiens ou les royaumes espagnols qui viennent de trouver une unité ? Évidemment, même fédérée, cette Italie uchronique n’a pas un avenir radiant qui lui tend les bras et le héros a un rôle à jouer dans cette tempête diplomatique.

Mais tout cela ne serait rien si Lodovico Ariosto ne s’était pas décidé à écrire la suite de son Orlando Furioso, le fameux Ariosto Furioso. Dans cette saga épique qui constitue « la fantasia » de ce roman, il imagine que son prince l’a envoyé au Nouveau Monde secourir Nuovo Genova. Sans cette couche supplémentaire d’histoire, sans ce « récit dans le récit » (mise en abîme qui sous-tend l’organisation sans chapitre du livre), le héros n’aurait pas eu tant d’importance que cela, car ce double récit nous montre toutes les facettes qui lui sont inculquées. En effet, « la realta » n’offre pas toujours à Lodovico des moments d’irrésistible bonheur : même si sa famille lui est plutôt proche, même s’il est proche de son prince florentin, la politique ne lui est pas très agréable, les cachotteries ne sont pas forcément sa tasse de thé, il rêve donc à plus d’aventure, à plus d’avancées technologiques, à plus de découvertes et « la fantasia » lui apporte tout ceci. Dans son nouveau poème épique, il s’imagine donc en aventurier irrésistible, qui s’affranchit des stratégies militaires puisqu’il domine même les plus grands généraux, qui tente de s’affranchir des affres de la vie amoureuse puisqu’il essaie tant bien que mal de se consacrer à sa mission divine, et qui s’affranchit même des préoccupations humaines puisqu’il embrasse à bras-le-corps une destinée de héros surpuissant, luttant contre ses fêlures et chevauchant une créature ailée très fantaisiste. Ce magnifique portrait qu’il s’octroie est constamment construit en parallèle de ce qu’il ne supporte pas dans sa vraie vie : chaque nouveau coup de plume est une réponse à une situation réelle qu’il aurait voulu meilleure ; chaque défaut qu’il se trouve, il le tourne en qualité dans une autre situation.

En conclusion, Ariosto Furioso n’a pas dû être un roman simple à concevoir, encore moins à écrire, et en définitive pas non plus à lire pour le lecteur. Pour autant, il faut reconnaître qu’il y a là des qualités certaines de style, de reconstitution historique et d’originalité dans l’imaginaire.

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis) ; Boudicca (Le Bibliocosme)

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À propos de Dionysos

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, littérature de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine (@DenisPiel). Membre fondateur du Bibliocosme, également chroniqueur dans La Tête en l'Ère (ImaJn'ère), dans Les Chroniques de l'Invisible et sur Radio G!.

Publié le 27 décembre 2016, dans Fantasy, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. J’avoue que j’avais pas du tout accroché à ce roman : je l’ai abandonné à la moitié, environ.

  1. Pingback: Ariosto Furioso – Chelsea Quinn Yarbro | Le culte d'Apophis

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