Le fleuve céleste

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Titre : Le fleuve céleste
Auteur : Guy Gavriel Kay
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2016 (novembre)

Synopsis : Voici l’histoire de Ren Daiyan, le fils d’un obscur archiviste d’une lointaine province de la Kitai. Il rêve de victoires et d’exploits ; il rêve de restituer à l’empire les Quatorze Préfectures tombées aux mains des barbares. Un long cheminement l’attend, mais vers quel destin ? Car la glorieuse Kitai d’antan n’est plus et les cavaliers des steppes du Nord menacent son intégrité, sous le gouvernement de l’empereur Wenzong, mélancolique esthète, et d’une cour déchirée par des factions en conflit permanent que seule unit la crainte d’un coup d’État militaire. C’est aussi l’histoire de Lin Shan, l’enfant unique d’un gentilhomme de la cour, cultivée plus qu’il n’est convenable à une femme. Si elle scandalise les bien-pensants, elle charme l’empereur par ses talents de poétesse. Farouchement indépendante mais bridée par sa condition, elle est l’image même d’une civilisation suprêmement raffinée mais en crise. Car c’est enfin l’histoire d’un monde qui s’apprête à basculer sous les étoiles du Fleuve céleste.

Note 4.5
 
Coup de coeur

Le pinceau du scribe est l’arc du guerrier. Les lettres qu’il dessine sont des flèches qui doivent toucher leur cible sur la page. Le calligraphe est un archer ou un général sur le champ de bataille. Quelqu’un l’a écrit il y a bien longtemps. Tel est son état d’esprit ce matin. Elle est en guerre.

 

On connaît la propension de Guy Gavriel Kay à s’inspirer de périodes et de personnages historiques bien spécifiques pour en proposer une nouvelle interprétation teintée de surnaturelle : « Les lions d’Al-Rassan » rappelait la Reconquista espagnole, « La mosaïque de Sarrance » l’Empire Romain d’Orient sous Justinien, et plus récemment « Les chevaux célestes » évoquait la Chine sous la dynastie des Tangs. On retrouve le même décor avec plusieurs siècles d’écart dans « Le fleuve céleste », dernier roman en date de l’auteur qui choisit ici de se consacrer à la chute de la dynastie Song au XIIe siècle après J.-C. Il est bien loin, le temps où la Kitai régnait sur un empire incontesté et dont le rayonnement s’étendait bien au delà des frontières du pays. En dépit de sa culture extrêmement sophistiquée, de la complexité de son administration, et de la beauté de ses poèmes, de ses jardins ou de ses chansons, l’empire se révèle incapable de tenir tête sur le plan militaire aux divisées mais ambitieuses tribus des steppes qui s’agitent dans les territoires du nord. Un contexte préoccupant qui va cela dit permettre à deux personnes de se révéler : la première est un jeune bandit appelé à devenir le plus grand général de l’empire ; la seconde est une jeune femme bien née, élevée de manière peu conventionnelle, dont les poèmes et le tempérament charment ou exaspèrent les membres du clan impérial. « On croyait suivre le fil convenu de son existence et il se produisait un bouleversement soudain, après quoi on comprenait qu’elle venait en réalité de commencer. A l’instant. Tout ce qu’il avait vécu avant cette nuit était devenu pour lui comme un prélude, les notes égrenées sur un pipa pour l’accorder et s’assurer qu’il fut prêt pour la chanson à venir. »

Guy Gavriel Kay offre une fois encore une galerie de portraits saisissants, certains purs fruits de son imagination, d’autres fortement inspirés de personnalités de l’époque : Lin-Shan rappelle ainsi la poétesse Li Qingzhao, Ren Daiyan le célèbre général Yue Fei… Mais ce qui marque surtout le lecteur, c’est le soin apporté par l’auteur aux « figurants », ces personnages secondaires qu’on aperçoit en toile de fond tout au long du roman ou bien qui disparaissent brutalement au bout d’une ou deux pages. Pour chacun d’eux, Guy Gavriel Kay élabore un passé, détaille le caractère, les rêves, les blessures, bref, leur donne une véritable consistance qui émeut le lecteur, alors pleinement conscient que ces personnages gravitant autour des héros ne sont pas de simples hommes de paille mais des êtres à part entière sur lesquels le récit aurait tout aussi bien pu se focaliser. Et le génie de l’auteur ne s’arrête pas là, le cadre se révélant lui aussi minutieusement travaillé. Par le biais d’extraits ou de variations de poèmes préexistants, des réflexions formulées par les personnages sur l’art de la calligraphie, sans oublier les scènes témoignant d’un mode de vie et d’une philosophie tournés vers la recherche de l’harmonie, c’est toute une civilisation qui prend vie sous nos yeux, dans toute sa complexité et avec toutes les contradictions que cela implique. La plume de l’auteur y est évidemment pour beaucoup, la beauté de celle-ci résidant dans ce qu’elle laisse entendre mais ne dit pas, rajoutant ainsi à la complexité et à la subtilité de l’ensemble. L’émotion n’en est que plus grande pour le lecteur qui refermera le roman avec, comme souvent chez l’auteur, une profonde mélancolie mais aussi la sensation d’avoir été le témoin privilégié d’une histoire exceptionnelle.

 

Après « Les chevaux célestes », Guy Gavriel Kay s’intéresse cette fois encore à la civilisation chinoise et rend un hommage poignant à la dynastie Song, confrontée ici à un moment charnière de son histoire. Une lecture inoubliable, tant pour l’immersion provoquée par la minutieuse reconstitution de l’époque que pour l’empathie éprouvée pour l’ensemble des protagonistes, et bien sûr pour la poésie de l’ensemble. A lire absolument !

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis)

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Publié le 29 novembre 2016, dans Fantasy, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 19 Commentaires.

  1. 740 pages quand même !
    Mais « Les Chevaux célestes » c’était déjà du lourd….et du très bon GG Kay

  2. Oh! Mais vous vous êtes donné le mot avec Apophis!
    Je conclue que c’est un énorme coup de coeur pour vous deux. Je suis très très intriguée et je vais négocier avec le Père Noël.

  3. De lui, j’avais lu « Le Dernier Rayon du Soleil » et je l’ai abandonné !! Alors, donne-moi une bonne raison pour revenir vers cet auteur avec les chevaux célestes et le fleuve ! 😀

    • C’est effectivement le roman de lui que j’ai le moins apprécié mais tout le reste est juste génial. Tu peux peut-être commencé par le diptyque « La mosaique de Sarrance » (plus court que le Fleuve ou les Chevaux céleste(s)) : ça reste mon préféré, tant au niveau de la construction de l’intrigue que des personnages 🙂

      • Bon, c’est décidé, je ne fréquenterai plus ta boutique parce que j’en ressors avec plus de titres qu’en y entrant ! 😆

        Merde, j’ai lu son moins bon… enfin, lu, je l’ai abandonné en cours de route… 😦 Bon, je note, mais c’est bien parce que c’est toi ! 😉

  4. Vendu ! Mais je crois que je vais lire « Les chevaux célestes » d’abord, c’est mon côté maniaque. 😉

  5. Est-ce que c’est une nouvelle édition de « Le Fleuve des étoiles » que je croyais être la suite des Chevaux célestes, où cela n’a rien à voir ? Quoiqu’il en soit, cette saga me tente énormément, merci 🙂

    • Il s’agit en fait du même livre mais « Le fleuve des étoiles » est la traduction québécoise alors que « Le fleuve céleste » correspond à la traduction française. En tout les cas ça correspond bien à la suite des « Chevaux célestes » 🙂

  6. La couverture est tellement sublime… J’ai failli craqué en passant à la librairie de l’Atalante lors des Utopiales. J’aurais du !
    Ton avis a fini de me convaincre. 🙂
    Bonne année !

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