L’échiquier du mal

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Titre : L’échiquier du mal
Auteur : Dan Simmons
Éditeur : Denoël / Folio SF
Date de publication : 2003 / 2014
Récompenses : Prix Bram Stoker 1990

Synopsis : Ils ont le Talent. Ils ont la capacité de pénétrer dans notre esprit pour nous transformer en marionnettes au service de leurs perversions et de leur appétit de pouvoir. Ils tirent les ficelles de l’histoire. Sans eux le nazisme n’aurait peut-être jamais existé, et nombre de flambées de violence, tueries, accidents inexpliqués n’auraient peut-être pas ensanglanté notre époque. Car ils se livrent aussi entre eux une guerre sans merci, selon des règles empruntées à celles des échecs. Ce sont des vampires psychiques. L’humanité entière ne constitue pour eux qu’un gigantesque terrain de jeu, propre à satisfaire leur irrépressible soif de pouvoir et de destruction. Mais peut-être ce jeu est-il allé trop loin. Car vient un temps où toute victime finit par se rebeller.

Note 4.5
 
Coup de coeur

Justice doit être rendue, elle est réclamée par les millions de voix qui s’élèvent des tombes anonymes, des fours rouillés, des maisons vides peuplant des milliers de villes. Mais pas la vengeance. La vengeance est indigne

 

Charleston. Années 1980. Trois seniors se réunissent comme tous les ans dans une maison cossue pour échanger sur les activités menées depuis leur dernière séparation. Rien de bien méchant jusque là. Sauf que le passe-temps favori de ces trois-là consiste à provoquer violences, tueries et accidents aussi mortels qu’inexplicables, tout ça dans le but de mesurer l’étendue de leur pouvoir. Leur pouvoir ? Celui de contrôler n’importe quel autre être humain par la pensée, le transformant ainsi en véritable pantin et/ou machine à tuer privée de tout instinct de conservation et de toute émotion. Dan Simmons signe avec « L’échiquier du mal » une tétralogie glaçante qui confirme, si besoin, le bien fondé de la place tenue par l’auteur dans le domaine du fantastique ces dernières années. Car nous avons, il me semble, bel et bien affaire à un maître du genre. La première chose qui impressionne, c’est le rythme effréné qu’il parvient à conserver (presque) jusqu’à la dernière page. L’intégrale comporte en effet plus de mille pages et, mis à part quelques longueurs à la toute fin, on ne s’ennuie pas une seconde. L’un des plus grands tours de force de l’auteur consiste ainsi à réussir à maintenir le lecteur constamment en alerte, que ce soit lors des scènes d’action ou surtout lors des fréquents moments d’accalmie qui en deviennent paradoxalement presque plus éprouvant pour les nerfs.

Cette tension sous-jacente qui nous fait comprendre que le pire peut arriver à tout moment ne tarde pas à donner au roman un caractère assez addictif. Addiction renforcée par la frustration du lecteur qui piaille littéralement d’impatience à l’idée de voir les protagonistes enfin sortir la tête de l’eau et remporter une victoire au dépend de leurs tortionnaires. Car il faut dire que le combat est plutôt déséquilibré : d’un côté des êtres capables de contrôler n’importe qui par la pensée, de l’autre trois citoyens lambda, certes très en colère, mais bien mal équipés pour lutter contre la perversité et l’expérience de ces « vampires psychiques ». Si le récit parvient à nous happer à ce point, c’est d’ailleurs en grande partie grâce à ses personnages qui bénéficient tous sans exception d’un traitement extrêmement soigné. C’est bien sûr d’abord le cas de nos trois héros et en particulier de Saul Larski, sans doute le personnage le plus attachant du roman, non seulement en raison de son expérience traumatisante dans les camps de concentration mais aussi et surtout à cause de sa notable évolution tout au long des trois tomes. Leurs adversaires ne sont toutefois pas en reste, à commencer par la seule à bénéficier d’une narration à la première personne et que l’on voit avec une horreur grandissante sombrer dans une folie ayant des conséquences terribles pour tout le monde sauf pour elle-même.

 

Malgré le malaise et l’angoisse que ne manque pas de procurer la lecture, on ne peut s’empêcher de dévorer avec une avidité croissante les différents tomes de cette tétralogie qui ravira certainement tout bon amateur de fantastique. Si jamais vous êtes curieux de découvrir d’autres ouvrages de l’auteur dans le même genre, je vous conseille de vous pencher notamment sur « Drood », récit tout aussi glaçant mettant en scène deux célèbres écrivains du XIXe et une mystérieuse créature hantant les sous-sols de Londres.

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Publié le 21 novembre 2016, dans Fantastique, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 9 Commentaires.

  1. Oui, avec une telle critique je ne peux te dire que OUI!

    C’est vrai que le pitch est tr§s séduisant, mais la longueur du roman m’incitait à la retenue. Ton avis vient de balayer mes dernières réticences. Un coup de cœur, c’est vendu!

    Merci de cette critique!

  2. Très bonne critique, qui rend justice à ce Grand Maître de la SFFF qu’est Dan Simmons.

  3. Un jour il faudra bien que je lise ce monument du fantastique…

  4. Ça fait déjà un certain temps que je me dis qu’il faudrait que je le lise et…. je ne l’ai pas encore fait !! 😳

  5. Ce roman est vraiment excellent, contente que tu aies aimé, je ne peux que le conseiller aussi malgré sa noirceur !

  1. Pingback: Novembre tisse le livre de l’Hiver – Albédo

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