Dangerous Women, volume 1

Dangerous Women tome 1

Titre : Dangerous Women, volume 1
Anthologistes : G. R. R. Martin et Gardner Dozois
Auteurs/Nouvelles : Joe Abercrombie (« Desperada ») ; Jim Butcher (« Cocktail explosif ») ; Joe R. Lansdale (« Catcher Jésus ») ; Lawrence Block (« Je sais comment les choisir ») ; Lev Grossman (« La fille au miroir ») ; Brandon Sanderson (« Des ombres pour Silence dans les forêts de l’Enfer ») ; S. M. Stirling (« Annoncer la sentence ») ; Sam Sykes (« Nommer la bête ») ; G. R. R. Martin (« La Princesse et la Reine »)
Éditeur : J’ai lu
Date de publication : 2016 (juin)

Synopsis : Une anthologie de nouvelles centrées sur des héroïnes dangereuses, qu’elles soient souveraines, sorcières ou guerrières. Contient « La danse des dragons », qui se déroule dans l’univers du « Note 5.0Trône de fer ».

 
Coup de coeur

Définir comme une « danse » les agissements sombres, tumultueux et sanglants de cette période nous semble ridiculement déplacé. Nul doute que cette expression a initialement été créée par quelque troubadour. « L’Agonie des Dragons » serait infiniment plus approprié, mais le temps et la tradition ont peu à peu intégré la poésie aux pages de notre Histoire, nous nous devons donc de danser à l’avenant. (G. R. R. Martin, La Princesse et la Reine)

 

Redoutables guerrières ou princesses éplorées, intrigantes ou aventurières, souveraines influentes ou cruelles tentatrices : les personnages féminins qui peuplent les romans issus des littératures de l’imaginaire ont tendance depuis quelques décennies à se diversifier et à se détacher du stéréotype pourtant coriace de la sublime mais nunuche acolyte du héros. Une chose est certaine, les héroïnes de l’anthologie « Dangerous Women » ne sont pas là pour servir de simples faire-valoir au protagoniste masculin, c’est même tout le contraire. Si on connaît tous aujourd’hui G. R. R. Martin en tant qu’auteur de la série à succès « Game of thrones », on a moins l’habitude en France de le voir diriger des anthologies. Et pourtant ! Il retrouve ici Gardner Dozois (avec qui il avait déjà travaillé à l’élaboration de « Chansons de la Terre mourante » en hommage à Jack Vance) pour un ouvrage consacré à ces femmes dangereuses qui pullulent dans la littérature et qui suscitent chaque fois la même fascination chez le lecteur. Heureusement pour nous Français, l’anthologie a bénéficié cette année d’une traduction et a ainsi pu être publiée chez J’ai lu. Malheureusement pour nous, l’ouvrage n’a pas échappé au désormais traditionnel découpage prisé par nos éditeurs si bien que nous avons ici affaire uniquement à la première partie du recueil. Un choix d’autant plus discutable que la séparation repose sur un principe à mon sens assez curieux : les auteurs femmes d’un côté, les auteurs hommes de l’autre…

Même amputé de ses contributeurs féminins, le sommaire de cette première partie reste alléchant puisqu’on y retrouve, entre autre, Joe Abercrombie, Jim Butcher, Brandon Sanderson ou encore Georges R. R. Martin lui-même. Le résultat est sans surprise excellent puisque sur les neuf nouvelles que comporte ce premier volume, on ne peut dénombrer aucune fausse note, chose plutôt rare dans une anthologie dont la qualité des textes est généralement assez variable. Il faut dire que la vastitude du thème permet de faire bénéficier les auteurs d’une grande liberté dans le choix du traitement du sujet, évitant ainsi toute redondance. Certains préfèrent ainsi mettre en scène des femmes d’influence : c’est le cas de G. R. R. Martin qui nous offre avec « La Princesse et la Reine » une nouvelle située dans l’univers du « Trône de fer » et relatant le déroulement d’une autre guerre civile ayant opposé les grandes familles de Westeros. On sent bien cette fois encore l’influence de Maurice Drumont et de ses Rois maudits : le texte prend la forme d’une véritable chronique historique et on retrouve le même souci de réalisme et la même noirceur que dans les autres écrits de l’auteur. Dans une moindre mesure l’héroïne de Lev Grossman dans « La fille au miroir » est aussi une femme de pouvoir. L’auteur y dépeint la farce imaginée par une jeune étudiante à la tête d’une sororité pour se venger d’un camarade trop indifférent à son goût. Les choses dérapent lorsque l’école de magie inspirée du Poudlard de Rowling se décide elle aussi à prendre part au jeu. Un récit anxiogène mais habilement mené et qui donne vite le tournis.

On retrouve le thème de la punition dans « Annoncer la sentence » de S. M. Stirling qui nous dépeint une société post-apocalyptique en reconstruction. Le contexte évoqué permet d’amorcer une réflexion intéressante sur la justice et plus généralement sur le fonctionnement de nos sociétés modernes. Joe R. Lansdale et Lawrence Block optent quant à eux pour la figure de la femme tentatrice : le premier en dépeignant le calvaire enduré par deux catchers condamnés à se battre chaque année pour la possession d’une femme dont ils ne veulent même pas (« Catcher Jésus ») ; le second en mettant en scène la rencontre de deux personnages aussi retors et manipulateurs l’un que l’autre (« Je sais comment les choisir »). Les autres héroïnes appartiennent davantage à la catégorie des aventurières. C’est en tout cas clairement le cas de celle de Joe Abercrombie qui relate l’affrontement opposant une sorte de Calamity Jane à ses anciens compagnons bandits (« Desperada »). Même chose pour celle de Jim Butcher qui retrouve dans « Cocktail explosif » un univers familier puisque déjà mis en scène dans sa série « Les dossiers de Dresden ». Brandon Sanderson et Sam Sykes ont pour leur part choisi de mettre en scène deux chasseuses. Si la nouvelle de Sanderson repose sur un décor hostile et angoissant parvenant efficacement à transporter le lecteur (« Des ombres pour Silence dans les forêts de l’Enfer »), je serai un peu plus nuancée sur celle de Sykes qui, sans être mauvaise, reste certainement la plus fragile de l’anthologie (« Nommer la bête »).

 

On peut regretter le choix du découpage de l’ouvrage d’origine en deux volumes, néanmoins il serait dommage de se priver d’une telle lecture qui donne un excellent aperçu de la qualité des auteurs outre-atlantiques dans le domaine de la fantasy ou du fantastique. Une très belle découverte que viendra certainement compléter le pendant féminin de l’anthologie qui devrait sortir en fin d’année.

Voir aussi : Volume 2

Autres critiques : Blackwolf (Blog-O-Livre)

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Publié le 24 juin 2016, dans Fantasy, et tagué , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. J’adore les héroïnes fortes qu’elles soient positives ou négatives donc très intéressées par cette lecture. Bisous à toi!

  2. Oui, je suis d’accord avec toi : le découpage en deux tomes est bien malheureux, d’autant plus lorsque l’on sait qu’il est motivé par des raisons pécunières…

  3. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, on se croirait à la messe d’avant ! 😀 Mais je note, je note ! Le livre, pas la messe.

  4. Celui-là, il me le faut, même si je regrette évidemment ce découpage bassement mercantile.
    Mais les noms au sommaire sont bigremeent alléchants (et voir enfin « La Danse des Dragons » du temps des Targaryen, ça n’a pas de prix ! ^^).

  5. Il est aussi sur ma wishlist !

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