L’automate de Nuremberg

L'automate de Nuremberg

Titre : L’automate de Nuremberg
Auteur : Thomas Day
Éditeur : Folio
Date de publication : 2008

Synopsis :  » Ai-je une âme, Père ?  » Telle est la question que Melchior Hauser, le célèbre automate joueur d’échecs, veut poser à son créateur, Viktor Hauser. De la cour de Russie au quartier juif de Nuremberg, des brumes londoniennes aux chaleurs de l’Afrique, il part à la recherche de ses origines, mais sa quête pourrait bien lui réserver des surprises…

Note 4.0

Le tsar a fait de moi un automate libre, mais je ne serai vraiment libre que le jour où je n’aurai plus besoin d’être remonté. Ah, mon père, vous que les grands de ce monde ont surnommé le de Vinci de Nuremberg, vous avez fait un miracle, mais un miracle d’immense faiblesse.

 

Réécriture d’une novella précédemment publiée dans la revue « Bifrost », « L’automate de Nuremberg » est sans aucun doute une belle réussite. Auteur prolifique occupant depuis un certain nombre d’années le devant de la scène de l’imaginaire français, Thomas Day nous y propose un récit beaucoup plus sage que ce à quoi il avait pu nous habituer (on est bien loin d’un « Stairways to hell » ou même de « L’instinct de l’équarrisseur »). Ni violence insoutenable, ni scènes de sexe glauques à souhait ! L’auteur préfère cette fois nous offrir un genre de petit conte philosophique, sans pour autant renoncer à la noirceur et la cruauté qui caractérisent la plupart de ses ouvrages. Que voulez-vous, on ne se refait pas ! Soucieux de dévoiler à ses lecteurs une autre de ses nombreuses facettes, Thomas Day met ainsi en scène un automate, Melchior Hauser, conçu par un inventeur de génie au début XIXe siècle. Réalisé à la seule fin de mener à bien des parties d’échecs, l’automate se révèle toutefois être bien davantage qu’une simple machine. Aussi, lorsque sa liberté lui est enfin rendue, part-il en quête de son créateur afin de trouver la réponse à la question qui le hante : Est-il possible pour un automate tel que lui de posséder une âme ?

Comme dans la plupart de ses romans (« Le trône d’ébène », « La voie du sabre » ou encore « L’instinct de l’équarrisseur »), Thomas Day s’inspire ici de l’Histoire, la grande comme la petite. En à peine plus de cent pages, l’auteur parvient ainsi à nous dresser un portrait cohérent d’un XIXe siècle uchronique où Napoléon serait finalement parvenu à venir à bout de la Russie et de son tsar, forcé de présenter sa reddition à l’empereur. Des territoires slaves aux comptoirs français du Sénégal en passant par l’Allemagne et l’Angleterre, c’est qu’on en voit du paysage ! A cela s’ajoutent de nombreuses références bibliques parsemées ça et là au fil du récit, l’apparition de figures historiques bien réelles telles que l’ingénieur anglais George Stephenson (considéré aujourd’hui comme l’inventeur du chemin de fer moderne), ainsi que la réutilisation d’un célèbre fait divers ayant défrayé la chronique dans l’Allemagne du XIXe siècle (il s’agit de la remarquable histoire de Kaspar Hauser, enfant perdu de Nuremberg, dont on ignore encore aujourd’hui s’il s’agit d’un simple inconnu, du fruit d’une cruelle expérience ou bien, accrochez-vous, de l’héritier de la famille royale de Bale !).

Outre le soin porté au décor et les nombreux clins d’œil historiques, on peut également saluer l’originalité du traitement d’un sujet fréquemment abordé en science-fiction, celui de l’intelligence artificielle. A travers l’histoire de cet automate en proie au doute et avide de comprendre sa véritable nature, Thomas Day se concentre sur des questionnements d’ordre non seulement philosophique (A quel moment la machine cesse de n’être que ferraille pour devenir être ? A quoi tient la présence ou l’absence d’âme ?) mais aussi technique. Car il ne s’agit pas là d’un de ces robots ultra sophistiqués comme on peut en fabriquer aujourd’hui. Nous avons ici affaire à un automate du XIXe siècle, avec toutes les failles et lacunes que cela implique. Et celles-ci sont légion : impossibilité de porter une lourde charge ou de voir à plus de quelques mètres, limitation du nombre de mots et langues parlées, présence d’un mécanisme à ressort, l’obligeant à être remonté régulièrement par un tiers… Or c’est justement là que réside l’originalité du roman, car, s’il semble rapidement évident pour le lecteur que l’automate dispose d’une intelligence exceptionnelle et d’une personnalité qui lui est propre, la quête spirituelle du protagoniste se trouve également doublée d’une quête d’ordre plus matérielle visant à améliorer ses capacités physiques, sensorielles et intellectuelles.

 

« L’automate de Nuremberg » est un texte incontestablement à part dans la bibliographie de l’auteur qui réussit ici le tour de force de mettre en scène un univers consistant, une intrigue assez étoffée et des personnages attachants en seulement cent-vingt pages. Accessible grâce aux éditions Folio au prix de seulement deux euros, voilà une lecture dont vous auriez tort de vous priver !

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis)

Critique réalisée dans le cadre du Challenge Francofou 3

Challenge Francofou 3

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Publié le 31 mars 2016, dans Science-Fiction, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Je ne connais absolument pas cet auteur (shame on me !)

  2. Je confirme, pour deux euros, ça ne rate pas, c’est un excellent court roman. Ou longue nouvelle. Ou novella. Enfin bref. 😀

  1. Pingback: L’automate de Nuremberg – Thomas Day | Le culte d'Apophis

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