La 25e Heure du Livre 2015, Conférence #3 : La rencontre des peuples premiers

La 25e heure du livre du Mans 2015

C’est en 2002 que le salon littéraire du Mans, jusqu’à présent baptisé les « 24 Heures du Livre », devient « la 25e heure du Livre » et adopte la thématique des peuples premiers. Depuis, les éditions successives ont tour à tour été consacrées aux Inuits, à l’Amazonie, l’Océanie, les Incas, les nomades des steppes, et plus récemment les peuples du fleuve Congo. A l’occasion de la rétrospective organisée cette année, une conférence réunissant les représentants de certains de ces peuples premiers s’est tenue samedi dans la grande salle du complexe culturel des Quinconces. Y étaient présents : Karen et Harlyn Geronimo (arrière-petit-fils de Geronimo et Medicine-Man apache), Mundiya Kepanga (chef Papou), Gerlee Narantsatsral (chamane mongole), Almir Narayamoga Suruí (chef Indien Suruí) et un représentant du peuple Touareg. A ces invités prestigieux s’ajoutaient Naraa Dash, Marc Dozier (photographe spécialiste des Papous), Jean-Marc Durou (photographe spécialiste des Touaregs), Thomas Pizer (président de l’association Aquaverde), Corine Sombrun (journaliste spécialiste de la Mongolie).

De quels peuples sont-ils issus et quels sont les problèmes majeurs qu’ils rencontrent ?

Almir Narayamoga est un chef Indien issu de la tribu des Suruí et, pour son peuple, la nature représente tout. Sans la forêt, son peuple et sa culture ne seraient pas et c’est pourquoi ils font tout ce qu’ils peuvent pour la défendre. Or, depuis plusieurs années, ils ressentent tous les effets du réchauffement climatique qui a des conséquences désastreuses pour leur peuple. Il en va de même de la déforestation qui est tout sauf respectueuse et qui s’organise sans aucune vision à long terme.

En Mongolie, le problème majeur aujourd’hui est lié au déplacement de la population des steppes vers la capitale (Oulan Bator) et à la pollution que cela entraîne. La société mongole est de tradition nomade, c’est-à-dire que les habitants suivent le pâturage. Or, avec l’augmentation du nombre de bêtes en élevage, les sols n’ont plus le temps de se renouveler et, conjuguée à un hiver très rude, cette absence de régénération est bien souvent fatale pour le bétail. Lorsque les Mongols perdent leurs bêtes, ils n’ont guère d’autres choix que d’aller s’installer à Oulan Bator (45% de la population du territoire s’y trouverait aujourd’hui).

En Papouasie Nouvelle-Guinée, petite île au nord de l’Australie, Mundiya Kepanga déclare rencontrer les mêmes problèmes que le chef des Surui puisque sa tribu ressent elle aussi très concrètement les effets du réchauffement climatique : la pluie se fait plus rare et les récoltes moins abondantes ; le réchauffement de la terre permet aujourd’hui à certains insectes nuisibles de s’attaquer aux patates douces qui constituent l’élément principal de leur alimentation… Les habitants de son village rencontrent ainsi de plus en plus de difficulté à trouver de quoi se nourrir. Ses ancêtres avaient l’habitude de dire que les arbres étaient les grands frères des hommes : s’ils meurent, alors les hommes mourront avec eux.

Chez les Touaregs, on partage les mêmes inquiétudes et les mêmes souffrances que les autres peuples qui viennent de s’exprimer. Les Touaregs souffrent également de l’image négative que véhiculent les médias qui les présentent trop souvent comme des extrémistes ou des trafiquants de drogues ou encore des racistes. Or, il s’agit avant tout d’un peuple qui cherche à retrouver sa culture, sa langue, autant de choses qu’ils ont perdu lors de la brutale colonisation française au XIXe siècle. S’ils se battent depuis des années pour voir aboutir leurs revendications territoriales, c’est qu’ils veulent rester un peuple libre.

Au Nouveau-Mexique, les Apaches ont eux aussi conscience des problèmes posés par le réchauffement climatique (augmentation du nombre de tempêtes, érosion de la montagne provoquant des éboulements de plus en plus fréquents…) Il arrive ainsi que des tribus d’Amérique viennent solliciter l’aide d’Harlyn Geronimo et lui demande de se servir de sa notoriété pour parler des conséquences catastrophiques du réchauffement climatique et de la déforestation sur les populations autochtones. Il rappelle qu’il mène également un combat personnel puisqu’il tente depuis des années de récupérer les os de son arrière grand-père, le fameux Geronimo, qui sont actuellement toujours en possession de l’armée américaine.

Café du monde 3

Que pensent-ils de l’appellation de « peuples premiers » ?

Pour Almir Narayamoga, Dieu nous a tous créé égaux et, de ce fait, nous sommes tous des peuples premiers. Il prend ce terme comme un compliment et non une insulte car cela lui donne envie de faire partager sa culture avec nous. Il en va de même pour Mundiya Kepanga qui ne voit pas de différence entre son peuple et le nôtre : tout est une question de regard. Et puis, se demande t-il avec humour, s’ils sont les peuples premiers, cela fait-il des Occidentaux des peuples « seconds » ? L’expression plaît également plutôt à Gerlee Narantsatsral et Naraa Dash car elle rappelle dans une certaine mesure le caractère nomade de leur peuple. Pour d’autres, toutefois, le terme reste péjoratif car il met l’accent sur leur mode de vie jugé primaire. Il vaudrait ainsi mieux privilégier la dénomination de « peuples autochtones » car le terme « peuples premiers » laisse penser à quelque chose qu’on ne trouve plus guère que dans les musées alors que ces peuples sont encore bien vivants et se battent pour continuer à exister. Karen et Harlyn Geronimo rappellent pour leur part que les Indiens continuent à être victimes de discriminations en Amérique en raison de leurs origines et que beaucoup vivent ainsi dans des conditions précaires. Peu importe, finalement, le terme employé pour désigner tous ces peuples non européens, l’important c’est que tout le monde commence enfin à se parler et qu’on prenne bien conscience des difficultés qui sont les leurs.

Qu’en est-il des pratiques chamaniques dans leurs peuples respectifs ?

En Mongolie, il faut aujourd’hui quinze années d’initiation avant de pouvoir se prétendre chamane. Il faut également posséder ce qu’on appelle « l’étincelle chamanique », autrement dit, il faut que les esprits vous aient désigné comme chamane. Être chamane en Mongolie aujourd’hui c’est suivre la voie de la tradition, même si la chamane mongole présente lors de la conférence admet qu’elle-même se permet des entorses à la tradition lors des rituels car certaines pratiques sont aujourd’hui contraignantes et n’ont plus vraiment lieu d’être. Au Brésil aussi, le chamanisme continue à exister : la tribu d’Almir possède des leaders spirituels qui gèrent ces questions d’ordre spirituel et qui communiquent avec la forêt. Son nom lui a d’ailleurs été donné par un chamane et il signifie « l’esprit qui unit ». Pour ce qui est des Apaches du Nouveau-Mexique, Harlyn et Karen Geronimo expliquent qu’on parle plutôt de « medicine-man » et que leur rôle principal est de soigner au moyen de plantes ou de rituels de protection.

Mundiya Kepanga raconte quant à lui que, depuis l’arrivée des missionnaires, il y a de moins en moins de personnes capables de parler avec les ancêtres et que certaines de leurs traditions ont donc disparu en Papouasie Nouvelle-Guinée. Par exemple, ils avaient l’habitude de laisser leurs morts dans les arbres et d’ensuite venir récupérer leurs os pour les entreposer dans des grottes. Pour les Papous, l’odeur qui se dégageait des corps était un moyen utilisé par les esprits pour entrer en contact avec les humains. Mais avec l’arrivée des Blancs, ils ont du se mettre à enterrer leurs morts : l’odeur a disparu et avec elles le moyen qu’avaient les esprits de communiquer avec eux. Certaines pratiques chamaniques persistent aussi chez certaines tribus touaregs même si elles restent dans l’ensemble cachées car elles ne sont pas très appréciées par l’Islam qui est aujourd’hui la religion dominante chez les Touaregs.

Quels termes (peu élogieux) ont-ils l’habitude d’utiliser pour parler des « Blancs » ?

Dans la tribu d’Almir, le terme qu’ils utilisent identifient simplement les Occidentaux comme des personnes vivant très loin et ayant une culture différente de la notre. En Mongolie, on a davantage tendance à insister sur la grosseur de notre nez tandis que chez les Papous on nous appelle tout simplement « Hommes blancs ». Un terme chez les Touaregs fait référence à nous comme des non-croyants tandis que chez les Apaches ont utilise plutôt celui qui signifie l’« ennemi ».

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Publié le 16 octobre 2015, dans Divers "transcatégoriques", et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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