American Fays

American Fays

Titre : American Fays
Auteurs : Anne Fakhouri et Xavier Dollo
Éditeur : Critic (Fantasy)
Date de publication : 6 novembre 2014

Synopsis : Ce Chicago de 1925 a tout du chaudron prêt à exploser ! Entre les Leprechauns mouillés dans la fabrication de faux billets et les gangs qui s’activent en coulisses pour s’emparer des marchés de l’alcool et des speakeasies, autant dire qu’il y a de l’orage dans l’air. Et tandis qu’Al Capone tente de retrouver son influence sur la ville, voilà que des Drys, farouches partisans de la Prohibition, sont atrocement assassinés.
Scarface devient, aux yeux des autorités, le suspect idéal. Furieux et persuadé que les Fays sont dans le coup, il charge une bande de chasseurs de Fays, les No Ears Four, de débusquer les véritables coupables.
Pour Old Odd et son équipe, les ennuis ne font que commencer. Contraints de plonger dans les entrailles d’une ville corrompue et en proie aux guerres des gangs, les quatre nettoyeurs ont intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent survivre à la tempête qui s’annonce. Car, quand la Fayrie est impliquée, mieux vaut ne pas trop traîner dans l’œil du cyclone !

Note 3.5

– Tu vois, The Crap, les bonnes femmes, c’est comme les Siciliens et les Irlandais. Faut déjà s’les fader, si en plus, on doit savoir leur parler… Une bonne claque dans la gueule et plus personne a envie de l’ouvrir.
– Bien sûr, patron.

Prêt à suivre un buddy movie façon mafia à travers un Chicago fayrique des années 1920 ? C’est ce que nous proposent Anne Fakhouri et Xavier Dollo (alias évidemment Thomas Geha) dans American Fays où la violence le dispute à la féérie attachante, dans une ambiance drôlement et férocement décalée.

1925, Chicago est non seulement en proie à la prohibition, mais elle est aussi le théâtre de nombreux règlements de compte autour de la question des fays qui pullulent malgré l’entrée des États-Unis dans l’ère industrielle. Les No Ears Four, le plus souvent employés par Al Capone en personne, sont alors d’authentiques chasseurs de fays, ces êtres doués d’une essence non humaine, ces pixies, sirènes, nymphes et autres trolls et faunes. Tout le monde lâche sa Thompson le temps du tour de table : d’abord, présentons le patron du gang, Old Odd, enfayrisé contre son gré et donc sujet à d’incroyables crises d’asthme dès qu’il approche d’un fay (détecteur théoriquement infaillible !) ; puis vient l’assassin de service, Jack The Crap, mystérieux s’il en est, mais tout aussi efficace ; le petit chouchou de beaucoup sera sûrement le bellâtre d’origine française, un peu rêveur mais calculateur, Vincent « Bixente » Demons, alias Bix ; enfin, le bien nommé Bulldog joue, lui, les gros bras avec sa taille de géant et ses quelques réflexes de benêt, mais rassurons-nous tout de suite, son rôle sera parfois plus conséquent que d’uniquement défoncer des gueules et des portes. Quant à elles, les femmes ne sont pas totalement mises de côté, heureusement, avec Jude, la truculente tenancière d’un speakeasie (mi-bordel, mi-bar de quartier), ainsi que Rachel, le love-interest de cette aventure. Clairement, il y a du monde à qui s’attacher.

L’ambiance étant posée, le style vaut lui aussi son pesant de gnôle prohibée. Dès la scène d’introduction, le ton est donné. Un leprechaun s’est fait fay-monnayeur et le gang des No Ears Four l’a pris la main dans le sac de faux-billets. Ça ne rigole pas, mais on rigole. Les situations se veulent drôles, les réparties caustiques, les dialogues sont volontairement écrits façon Audiard et on s’attendrait même à croiser un « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ! » tellement certaines répliques sont bien senties. Du point de vue de l’action, c’est tout pareil : ça flingue, ça poignarde et ça dépouille à tour de bras, mais c’est pour la bonne cause, alors on prend ! On prend même d’autant plus que des allusions en début de roman et en annexe finale lancent des pistes concernant un éventuel crossover avec un autre opus de fantasy des années 19201930, ou du moins une sorte d’« univers partagé made in Critic ». À méditer, car ce roman écrit à quatre mains par un duo d’auteurs amis depuis plusieurs années prend ses racines dans une agréable nouvelle d’Anne Fakhouri, « Du rififi entre les oreilles » (paru d’abord dans l’anthologie Elfes et Assassins), qui était du même acabit.

Au cours de l’histoire d’American Fays, le lecteur pourra trouver l’enchaînement picaresque des retournements de situation un peu convenu et répétitif (caricaturons en un trio enquête – indice – action). De plus, la scène finale est plutôt longue au point d’étirer le dénouement d’une façon bizarre. Cela doit-il gâcher l’ensemble de la lecture ? Évidemment non, car l’immersion dans le monde des fays, des êtres féériques est réussie. Attendez-vous à croiser du vocabulaire fayrique/féérique par pelletées, car côté bestiaire, il y a de quoi faire ! Ce n’est pas pour rien si les auteurs remercient, entre autres nombreuses inspirations, les écrits de Pierre Dubois, elficologue de référence. Je ne suis habituellement pas fan de cette partie de la fantasy, toutefois cela fonctionne bien mieux quand on sent la féérie des contes s’immiscer dans le monde contemporain, certes cela passe ici par des rêveries, mais l’aspect du récit évoluant, le côté conte me va tout de suite mieux.

Les éditions Critic soignent donc le volume qui marque leurs cinq ans d’existence : American Fays bénéficie d’une première édition soignée avec reliure toilée, couverture cartonnée et titre imprimé à chaud, ainsi que d’avant-premières, notamment aux Utopiales de Nantes 2014. Le duo Anne Fakhouri – Xavier Dollo est réjouissant à plus d’un titre et mérite qu’on s’y intéresse (un dernier extrait ne fait donc pas de mal).

Autres critiques : Alizé Gabaude (Les Mandragores), Asavar (Elbakin), Baroona (233°C), Belette (The Cannibal Lecteur), BlackWolf (Blog O Livre), Chauncey (Happy Monde), Cornwall (La Prophétie des Ânes), Dawn (Les Découvertes de Dawn), Geneviève Van Landuyt (Collectif Polar), Leïla (Lalou Rêve), Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres), Nicolas Soffray (YoZone), Phooka (Book en Stock), Sandrine Brugot Maillard (Mes Imaginaires), Stelphique (Mon féérique blog littéraire), Whouzbuzz (Euphemia), Xapur (Les Lectures de Xapur) et Yann Blanchard (ActuSF)

Des choses sales, Old Odd en avait vu. Il avait même participé à certaines. C’étaient les aléas du métier. Il avait écumé des entrepôts, des bordels, des greniers et des caves. Il avait récupéré des types dans un tel état qu’il avait hésité à les achever. Il avait mis des types dans un tel état qu’il avait dû les achever. Il avait parlé à des hommes et des femmes privés de liberté, misérables et aux abois. Certaines filles, dans les speakeasies, étaient tellement camées qu’elles s’évanouissaient sous les clients. Des gars, tellement accros à la gnôle, qu’ils ne pouvaient même plus gémir une onomatopée quand on leur marchait dessus dans le caniveau. Trois hommes qui devaient de l’argent à la famille avaient préféré se tuer. L’un d’eux avait même tiré une balle dans la tête de ses trois gosses et de sa femme avant de retourner son revolver contre lui. Et c’est Odd, à l’époque simple homme de main, qu’on avait envoyé pour nettoyer les lieux.

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À propos de Dionysos

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine (@DenisPiel). Membre fondateur du Bibliocosme.

Publié le 10 novembre 2014, dans Fantasy, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 9 Commentaires.

  1. Il y a un côté très sombre aussi, dont je ne crois pas voir parlé dans mon billet : l’exploitation des fays. Fini l’humour mais c’est très bien amené et traité.
    Je suis quasi certaine que ce roman fera l’unanimité des lecteurs tant il est efficace et l’univers mis en place original.
    Merci pour le lien !

  2. Une de mes prochaines lectures. L’objet est superbe en tout cas.

  3. Merci pour le lien! 😉 J’ai adoré cette lecture!!!!C’est sur qu’il a un charme incroyable….

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