Astérix, tome 9 : Astérix et les Normands

Astérix et les Normands

Titre : Astérix et les Normands
Série : Astérix, tome 9
Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo
Éditeur : Dargaud / Hachette (Albert/René)
Date de publication : 1966 (rééditions en 1999 et 2006)

Synopsis : Les Normands se morfondent de ne point connaître la peur, censée leur «donner des ailes». Afin de percer le secret qui leur permettra de voler, leur chef Olaf Grossebaf décide de partir à la recherche de peuplades capables de leur enseigner la seule chose qu’ils ignorent.
C’est ainsi qu’ils accostent près du village gaulois où Goudurix, neveu d’Abraracourcix, est venu de Lutèce pour ses vacances. Terrifié par la venue de ces barbares sanguinaires, il passe aux yeux des Normands pour un « champion de peur ». Les guerriers du Nord crient victoire, un peu vite car, comme chacun sait, les Irréductibles Gaulois n’ont peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête. Et ce n’est pas demain la veille !

Note 3.0

Grossebaf : Pour vous remercier selon la tradition normande, nous allons vous offrir un grand festin…
Astérix : Ne vous donnez pas ce mal, votre départ nous suffit. Partir, c’est nourrir un peu.

Récemment adapté, très librement, en film d’animation (Astérix et les Vikings) ainsi qu’en long-métrage en prise de vues réelles (Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté), Astérix et les Normands est le neuvième opus de la série Astérix et le Gaulois.


Tout d’abord, ce tome-ci brille par son cruel manque de déplacements de nos comparses gaulois. Après avoir déjà visité Lutèce, Rome et quantité de villes au sein de l’empire romain, Astérix et Obélix sont confrontés à une redoutable peuplade directement sur leurs côtés : les Normands, fiers marins-guerriers du Nord, comptent découvrir de grandes choses en Armorique. À commencer par la peur ! Et c’est là qu’entre en jeu un personnage que nous retrouvons uniquement dans cet album : Goudurix. Ce jeune gaulois venu de Lutèce est le neveu d’Abraracourcix et représente la jeunesse montante des années 1960 au cœur des années yé-yé, entre envie constante d’être à la mode et peur maladive de l’inconnu. Son arrivée au village armoricain est l’occasion de caricaturer ce mouvement préfigurant mai 1968, ainsi que de pasticher quantité de données culturelles comme les « chars de sport de Mediolanum » et les groupies des chanteurs yé-yé.

C’est toujours intéressant de voir René Goscinny traiter le sujet, devenu très commun depuis, l’altérité, le rapport à l’autre, à l’envahisseur. Or, ce ne sont donc pas les Romains les principaux antagonistes, mais bien ces Normands aussi ridicules qu’ils sont sanguinaires. Leur présence est bien sûr un anachronisme à l’état pur comme nous y a habitués l’ensemble de la série des aventures d’Astérix et Obélix. Leur invasion relative de l’Armorique pour des raisons très secondaires, ces Normands sont pensés en miroir de nos chers petits Gaulois. Ils ne sont pas très intelligents, ils sont très bagarreurs, braillards même, et captent de larges traits de leurs descendants normands actuels (des goûts en cuisine, leur attirance pour le calva, des réponses vagues, etc.). Par le même principe qui nous aide à rire des noms gaulois, goths, bretons, romains et égyptiens, les Normands possèdent uniquement des noms en -af, à commencer par leur chef Olaf Grossebaf. Enfin, leur propre habitude de jurer par tous leurs dieux est un autre élément comique (« Par Odin ! Par Thor ! Par exemple ! ») en parallèle des habitudes gauloises en la matière.

Et d’ailleurs, que font nos Gaulois pendant ce temps ? Astérix et Obélix ont bien quelques dialogues savoureux comme René Goscinny savait tant le faire, mais ils prennent davantage des rôles de faire-valoir au profit des « méchants » du moment et d’un Goudurix déclencheur des événements. Notons toutefois qu’une fois n’est pas coutume (en tout cas, pas avant Astérix chez Rahàzade), Assurancetourix joue ici un rôle non négligeable. Aura-t-il enfin droit au banquet final ? Sa musique si stridente serait-elle à la mode de Lutèce ? Dans tous les cas, il a la possibilité de trouver (enfin !) un Gaulois moins « ignare » que ses comparses habituels en la personne du petit Goudurix.

Nous n’avons donc pas là la plus passionnante des aventures d’Astérix et Obélix, mais elle se révèle efficace malgré tout et nous pouvons encore trouver des influences dans la bande dessinée bien plus récente, comme dans Kaamelott, tome 2 : Les sièges de transport, par Alexandre Astier où les Vikings débarquent également et dont la couverture rappellent sans difficulté celle de ce tome d’Astérix.

Notons que la réédition de 2006 de ce tome change, honteusement, la couverture pour faire raccord avec la dernière adaptation animée.

Voir aussi : Tome 11

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À propos de Dionysos

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine (@DenisPiel). Membre fondateur du Bibliocosme.

Publié le 21 septembre 2014, dans Histoire, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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