Les chevaux célestes

Les chevaux célestes

Titre : Les chevaux célestes
Auteur : Guy Gavriel Kay
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2014 (juin)
Récompenses : Prix Elbakin 2015 (meilleur roman fantasy traduit)

Synopsis : On donne à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donne quatre ou cinq pour l’élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l’élite – et lui valoir la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montent les chevaux des steppes. L’impératrice consort du Tagur venait de lui accorder deux cent cinquante chevaux célestes. À lui, Shen Tai, fils cadet du général Shen Gao, en reconnaissance de son courage, de sa dévotion et de l’honneur rendu aux morts de la bataille du Kuala Nor. On me tuera pour s’en emparer. On me réduira en charpie pour mettre la main sur ces chevaux avant même que j’aie regagné la capitale. » Deux cent cinquante sardiens, introduits par son entremise dans un empire qui éprouvait pour ces montures un désir insatiable, qui gravait à leur image des blocs de jade et d’ivoire, qui associait les mots de ses poètes au tonnerre de leurs sabots mythiques. Le monde vous offre parfois du poison dans une coupe incrustée de pierreries, ou alors des présents stupéfiants. Il n’est pas toujours facile de distinguer l’un de l’autre.

Note 4.5

Elle se retourna sur sa selle. Aussi loin que portât son regard sous le soleil levant et le ciel inaccessible, l’herbe régnait, d’un vert foncé ou tirant sur le jaune. Haute, elle ondulait sous la brise dans un bruissement qui l’accompagnait depuis que les Bogü l’avaient emmenée. Même dans son palanquin, elle l’entendait en permanence. Le murmure de la steppe. Tournée vers le nord, elle s’emplie les yeux du panorama en se demandant jusqu’où il s’étendait. Si le monde a connu un matin, il ressemblait à celui-là, pensa-t-elle.

 

Il aura fallu quatre ans pour qu’ « Under Heaven » de Guy Gavriel Kay soit enfin traduit et publié en France sous le titre « Les chevaux célestes ». Une longue attente qui permettra peut-être aux lecteurs d’apprécier davantage encore ce roman qui s’avère être une réussite. L’histoire se base pourtant sur un événement qui pourrait au premier abord paraître anodin : le cadeau accordé par une princesse à un humble étudiant en remerciement de son dévouement envers les morts d’une terrible bataille ayant eu lieu bien des années auparavant. Un cadeau qui, sous couvert de récompense, va au contraire bientôt prendre des allures de malédictions pour le protagoniste, désormais au centre de jeux politiques et d’intrigues dont il ignore totalement les règles.

 

Les fans de l’auteur le savent, Kay a pris l’habitude de s’appuyer sur une période historique spécifique pour la plupart de ses romans : l’empire romain d’Orient à la fin de l’Antiquité pour « La mosaïque de Sarrance », l’Espagne de la Reconquista pour « Les lions d’Al-rassans »… Cette fois, c’est la dynastie des Tang qui régna sur l’empire chinois entre le VIIe et le Xe siècle après JC qui fait l’objet des attentions de l’auteur. Une dynastie qui constitua un véritable âge d’or pour la Chine (malgré quelques périodes de débordements sanglants) et ici rendue à la vie l’espace de sept-cents pages grâce aux recherches abondantes et minutieuses effectuées par l’auteur ainsi qu’à son attention soutenue au moindre détail. Le lecteur se retrouve ainsi transporté dans un univers exotique dont il appréhende peu à peu les étranges coutumes et croyances, les paysages grandioses, le fonctionnement administratif et la rigidité ritualisée qui en découle, mais aussi sa poésie, « la soie, le jade sculpté, les intrigues de cours, les étudiants et les courtisanes, les chevaux célestes, la musique du pipa »… Les nombreux passages consacrés aux évènements ayant lieu dans les steppes sauvages du nord de la muraille sont également criants de réalisme, au point de faire complètement oublier au lecteur tout ce qui se trouve alentours et de le transporter directement dans ce décor splendide.

Mais là-où réside le véritable génie de l’auteur, c’est en ce qui concerne les personnages. Au fil de mes multiples lectures, je n’ai jusqu’à présent que rarement rencontré d’écrivain capable de créer un lien si fort entre le lecteur et ses personnages. Qu’ils soient modestes ou puissants, hommes ou femmes, sauvages ou civilisés, tous sont bouleversants de vérité. On souffre avec eux, on espère, on se réjouit ou s’étonne des tours étranges que peut jouer le destin, bref, on vit avec chacun d’entre eux et c’est avec une profonde tristesse qu’on se résigne à leur dire au revoir : Shen Tai qui, en voulant simplement rendre hommage à la mémoire de son père, va se retrouver englué dans une toile d’intrigues inextricable ; Bruine, la belle courtisane originaire de Sardie ravageant les cœurs des puissants comme des humbles étudiants ; An Li, général ambitieux et retors ; Wei Song, guerrière kanlin dévouée ; Sima Zian, poète de génie bien plus lucide sur les évènements de son temps que ne le laisserait présager son appétit pour la bonne chair et la boisson… Et encore ne s’agit-il là que des protagonistes du roman qui comporte également son lot de personnages plus effacés, de passage l’espace de quelques pages uniquement mais auxquels l’auteur parvient à donner une véritable profondeur : « Les contes se composent de nombreux fils plus ou moins épais. Même les personnages secondaires vivent les aléas et la passion de leur vie jusqu’à leur mort ».

Avec « Les chevaux célestes », Guy Gavriel Kay renoue avec ce qu’il sait faire le mieux : mêler fiction et histoire pour offrir à ses lecteurs un portrait concis mais aussi très dense d’une époque troublée dans laquelle des personnages tous très différents tentent tant bien que mal de se frayer un chemin. Reste maintenant à espérer que le dernier roman en date de l’auteur relatant des évènements ayant lieu plusieurs siècles après ceux décrit ici (« River of stars ») fasse très bientôt l’objet d’une traduction en France.

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis) ; Livrement ; Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres) ; Lutin82 (Albédo – Univers imaginaires) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte) ; Ys Melmoth (Imrama : Des mots et des miroirs)

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Publié le 4 juillet 2014, dans Fantasy, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Zut, wish-list +1 ! De lui, j’avais lu un roman avec des vikings, mais je n’avais pas du tout aimé, lâché avant la fin, même !!

    Ici, ça me tente ! vu ton 4 étoiles…

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